La Cellule Zawiya Tijaniyya Cezat a engagé, dimanche à Tivaouane, une réflexion sur les enjeux de l’intelligence artificielle pour la foi, la culture et la transmission du savoir, avec une préoccupation centrale : rester maître de son récit à l’ère des algorithmes.
Organisé dans le cadre de SALTIS AI Event 2026, le panel, placé sous le thème « Intelligence artificielle, foi et culture : comment préserver notre authenticité à l’ère de l’IA ? », a notamment interrogé la capacité de Tivaouane et des communautés religieuses à préserver leur mémoire et leur patrimoine dans un espace numérique largement façonné par des sources extérieures.
Les échanges ont relevé que l’IA n’est pas culturellement neutre, les modèles étant nourris de données, de langues et de représentations qui ne correspondent pas toujours aux réalités locales. D’où la nécessité, selon les organisateurs, non pas de subir ces technologies, mais de se les approprier tout en conservant la maîtrise de son récit.
Les participants ont également évoqué les risques liés aux contenus générés par l’IA, notamment les fausses attributions doctrinales, les citations erronées, les textes fabriqués et les deepfakes de figures religieuses. Ces dérives peuvent affecter l’intégrité des textes, la mémoire des familles religieuses et la transmission du savoir.
Mais l’IA a aussi été présentée comme un outil potentiel de sauvegarde et de valorisation du patrimoine, à travers la numérisation des manuscrits, l’archivage de la tradition orale, la traduction entre l’arabe, le wolof et le français et la création de ressources pédagogiques fiables.
La question des langues, notamment le wolof, le pulaar et l’arabe savant, a également occupé une place importante dans les discussions. Les participants ont insisté sur le fait qu’une langue ne véhicule pas seulement des mots, mais aussi une vision du monde, des valeurs et une mémoire.
La transmission du savoir religieux, fondée notamment sur le sanad et la relation maître-disciple, a été présentée comme un autre enjeu majeur. Si l’IA peut assister, documenter et vulgariser, elle ne saurait se substituer au maître ni à l’autorité du savoir transmis.
La Cezat entend contribuer à une réflexion durable sur la gouvernance des données, l’éthique, la protection de l’image, la lutte contre la désinformation et la souveraineté numérique. Les réflexions pourraient notamment déboucher sur une charte d’usage responsable de l’IA au service de la Tijâniyya.
S.G