À quarante-huit heures du Mawlid 2026, Tivaouane est en pleine effervescence. Dès le vendredi 21 août, coïncidant avec la Hadratoul Jummah, des milliers de fidèles venus de toutes les régions du Sénégal et de la sous-région ont déferlé sur la capitale de la Tijaniyya. La ville est partagée entre ferveur spirituelle lors des ziarras, embouteillages monstres dans les ruelles barrées et commerçants dans l’attente des acheteurs.
TIVAOUANE – Le Mawlid est prévu ce mardi. Mais déjà, les pèlerins déferlent sur la capitale de la Tijaniyya, en provenance de diverses localités du pays et même de la sous-région. Si certains sont présents depuis le début du Burd, la grande masse a pris d’assaut la cité religieuse dès le vendredi pour assister à la prière hebdomadaire, accomplir la Hadrat et effectuer leurs ziarras avant le jour J.
Écharpe blanche aux effigies de Seydi El Hadj Malick et de Cheikh Tidiane Chérif autour du cou, El Hadji Malick Diop a quitté Kaffrine ce même jour pour assister à la prière du vendredi. Croisé à l’entrée de la mosquée Serigne Babacar Sy, il ne peut contenir son émotion après sa ziarra : « J’ai le cœur rempli de joie à chaque fois que je viens ici. En plus du ziar, j’en profite pour solliciter des prières », confie-t-il en égrenant son chapelet.
Awa Ndiaye, dite « Talibé Cheikh », partage cette même ferveur. Assise sur l’esplanade de la mosquée Serigne Babacar, la septuagénaire réajuste un grand tableau du marabout que trois jeunes femmes viennent de lui remettre. Elle caresse le cadre et lance : « Je ne vis que pour lui ». La vieille dame a quitté Pout depuis mercredi. « J’ai l’habitude d’assister au Gamou depuis toute petite ; je venais avec mon père. J’ai même assisté à la fondation de la mosquée », raconte-t-elle en désignant du doigt l’endroit où se trouvait autrefois un puits.
Avec l’âge, elle préfère désormais arriver tôt pour éviter les bousculades qui l’empêchent de communier sereinement avec son guide. En effet, plus le jour J approche, plus la foule se densifie. Ce dimanche, les files ininterrompues de véhicules rendent les routes et les trottoirs trop étroits pour les piétons, contraints de se frayer un chemin entre automobiles, charrettes et conducteurs de motos « Jakarta ».
En raison des barrières érigées par la police, l’accès à certains secteurs est devenu très difficile. Les abords des différents mausolées sont envahis par des marées humaines où surviennent parfois de légères bousculades, exaspérant par moments certains membres du Coskas. « Plus on se rapproche du Gamou, plus le travail d’organisation devient compliqué », explique Matar Sarr, de la commission d’ordre. Le jeune homme, posté à la Zawiya Seydi El Hadj Malick, relativise aussitôt.
«Nous sommes les soldats de la Khadra, nous nous efforçons donc de supporter certains écarts de comportement. Au fond, les fidèles sont simplement submergés par l’impatience de faire leur ziarra », déclare-t-il, sourire en coin. Traînant une grande valise rose surmontée d’une valisette assortie, téléphone à l’oreille, Awa Gaye tente de se localiser près du domicile de Serigne Habib Sy Mansour.
« J’ai tellement marché… Le véhicule ne pouvait plus avancer », se plaint-elle en essuyant la sueur qui perle sur son visage. Après plusieurs minutes de marche, la jeune Aminata dépose son lourd sac à l’ombre d’un arbre, près d’un vendeur de cocos. Après une grande inspiration, elle réalise qu’il lui reste encore du chemin. « Si ma tenue avait été prête, je serais venue vendredi avec mes cousines pour m’éviter cette peine », regrette-t-elle.
Moussa Dieng déplore lui aussi que leur car « Ndiaga Ndiaye », loué depuis Louga, n’ait pu atteindre leur site d’accueil. Avec ses proches, il décharge ventilateurs, ustensiles de cuisine et matelas sur lesquels sautillent déjà les enfants. « Je les plains. Ils auraient dû venir plus tôt », lance Abdoulaye Diop. Ce jeune vendeur d’habits venu de Touba s’inquiète surtout pour sa marchandise. « Je peine à vendre. Les pèlerins cherchent d’abord à rejoindre leur logement, car ils arrivent épuisés et chargés », soutient-il. Son collègue Modou Ndiaye, fort de ses cinq ans d’expérience, se veut rassurant. « Chaque année, c’est calme au début. Mais le jour J et le lendemain du Gamou, les clients achètent massivement des cadeaux », déclare-t-il. Pour Marième Kane, vendeuse de « meulfeuh », un tissu venu de Mauritanie, le constat est plus amer. Selon elle, même s’il y a de la foule les derniers jours, les bénéfices ne sont plus ce qu’ils étaient.
« Cela fait sept ans que je viens à Tivaouane et Ndiassane, et je remarque qu’il est de plus en plus difficile d’écouler la marchandise », confie-t-elle au cœur d’un marché saturé de sonorités mêlant musiques, khassaïdes, chants tidianes et cris de marchands.
Par Fatou SY (Texte) – Mbacké BÂ (Photos)