Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré au Burkina Faso par un putsch il y a quatre ans, la doctrine est assumée : produire local, transformer sur place et financer le développement par ses propres moyens.

A grands renforts d’une communication agressive et maîtrisée, notamment sur les réseaux sociaux, la junte assure avoir des résultats dans la transformation du pays, preuve selon elle d’un souverainisme économique en marche.

Textile, fabrication d’armes, agriculture, matières premières: régulièrement, le capitaine Traoré en personne lance des chantiers, pose des premières pierres, inaugure des usines ou des routes.

« Le pays n’a d’autres choix, de par sa posture et sa quête de souveraineté, que de compter sur ses propres ressources », résume pour l’AFP l’économiste Abdoul Kader Ouédraogo.

S’il reste difficile de vérifier de manière indépendante les réalisations concrètes – toute critique étant sévèrement réprimée par la junte -, le budget de l’État est en constante augmentation.

« Depuis quatre ans, le budget ne fait que grossir, avec des recettes qui sont passées de 2.600 milliards de francs CFA en 2023 (près de 4 milliards d’euros) à 3.700 milliards en 2026 (5,6 milliards d’euros). C’est le plus gros budget jamais vu », pointe M. Ouédraogo.

« Le pays cherche à se financer tout seul. 90% des recettes sont des impôts. Et le déficit est mieux maîtrisé qu’en 2024, passé de 4,6% à 2,6% du PIB », ajoute-t-il.

A l’instar de la révolution prônée par Thomas Sankara, autre capitaine putschiste et héros panafricaniste au pouvoir dans les années 1980, le Burkina assume de vouloir se développer seul, ou avec des partenaires jugés plus sincères que les puissances historiques qui l’aidaient par le passé, comme la France ou l’Union européenne.

Il continue toutefois de bénéficier de prêts du FMI ou de la Banque mondiale (BM) pour financer de nombreux chantiers.

En juin, la BM saluait même des « réformes ambitieuses » pour une économie « résiliente » malgré les défis sécuritaires posés par les jihadistes qui contrôlent une partie du pays.

Encourageant l’autosuffisance alimentaire, le régime affirme que la production céréalière a atteint 7,15 millions de tonnes en 2025, soit 126% des besoins nationaux, même s’il a bénéficié ces dernières années de dons de céréales russes notamment.

– « Tout est cher » –

Mais le pays n’échappe pas pour autant à l’inflation comme la plupart des pays du continent, malgré la fixation de certains prix par les autorités.

« Tout est cher sur le marché, tout augmente alors que le pouvoir d’achat ne fait que chuter. Il y a un décalage entre le prix officiel et le prix réel sur le terrain », explique un habitant de la capitale joint par l’AFP, qui prend pour exemple la tonne de ciment vendue 10% plus chère que le prix officiel ou le sac de riz qui a augmenté de 20% ces derniers mois.

« Le panier de la ménagère ne fait que maigrir. Le ministre du Commerce a reconnu des augmentations, sur le sucre, les œufs ou le poisson. Dans certaines zones, les produits se font rares et tout ce qui est rare est cher », abonde un ancien député.

L’or est également un pilier de l’excédent commercial, avec plus de 94 tonnes produites en 2025, faisant du Burkina l’un des premiers producteurs du continent. Une importante raffinerie de ce métal précieux a été inaugurée fin septembre à Ouagadougou, là encore en insistant sur la maîtrise de la transformation des matières premières.

« L’Etat doit exploiter ses matières premières. C’est le rôle de l’Etat d’organiser et de participer », résumait le 29 septembre le capitaine Ibrahim Traoré.

« La révolution économique se porte de mieux en mieux. Nous avons pu faire beaucoup de réformes et engager un certain nombre d’initiatives, notamment dans les domaines agricole et industriel », ajoute le chef de la junte.

En 2024, les autorités ont créé un Fonds de soutien patriotique, levier populaire alimenté par des dons volontaires mais aussi des retenues obligatoires sur les salaires (dans le public comme dans le privé) et des prélèvements sur les produits de grande consommation (boissons, cigarettes et téléphonie).

En trois ans, plus de 750 millions d’euros ont été mobilisés via ce fonds selon les autorités, mais l’effort de guerre peut peser sur les revenus des ménages, pointe l’ex-député.

« C’est un record qui traduit la mobilisation et l’adhésion des populations », s’est félicité pour sa part le Premier ministre Jean Emmanuel Ouédraogo.

« Chaque franc (CFA) mobilisé, chaque action réalisée, participent de la dynamique de souveraineté et de résilience nationales portée par la Révolution progressiste populaire », a-t-il assuré.

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