Peu fréquents mais marquants, les mandats d’arrêt internationaux lancés par la justice sénégalaise ont concerné aussi bien des opposants politiques que des hommes d’affaires. De Salif Sadio à Assane Diouf, en passant par Juan Branco, retour sur quelques affaires retentissantes. Le 11 mars 2001, le président Abdoulaye Wade avait annoncé son intention de faire émettre un mandat d’arrêt international contre Salif Sadio, figure radicale du Mouvement des forces démocratiques de Casamance (Mfdc). Mais selon plusieurs sources, que ce soit sous Abdou Diouf, Abdoulaye Wade ou Macky Sall, aucun de ces mandats n’a jamais été exécuté. En 2012, sous Macky Sall, le gouvernement a finalement levé ce mandat, ouvrant la voie, en décembre de la même année, à la libération de huit militaires sénégalais retenus par le Mfdc. Dans le cadre de la traque des biens mal acquis, la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) a lancé, le 23 mars 2015, un mandat d’arrêt international contre trois coaccusés de Karim Wade : Evelyne Riout Delâtre, Karim Aboukhalil et Mballo Thiam, tous en fuite lors du procès. Ils seront condamnés par contumace à dix ans de prison. Toujours sous Macky Sall, en mai 2013, Oumar Sarr, alors coordonnateur du Parti démocratique sénégalais (Pds) et ancien maire de Dagana, avait défié une interdiction de sortie du territoire émise par la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei). Il s’était rendu en Mauritanie en pirogue avant de regagner le Sénégal en avion. Bien qu’un mandat d’arrêt international ait été annoncé contre lui, il ne sera jamais exécuté. Le 22 septembre 2023, un mandat d’arrêt international a été délivré contre Me Ngagne Demba Touré, greffier et président de la Jeunesse patriotique du Sénégal (Jps), connu pour ses critiques virulentes contre Macky Sall. Inculpé pour association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste, offense au chef de l’État, atteinte à l’autorité de la justice et outrage à magistrat, il a été arrêté en février 2024 à son retour d’exil du Mali. Bénéficiant de la loi d’amnistie, il a été libéré le 15 mars 2024. Un fait inédit survient le 14 juillet 2023 : le Sénégal annonce un mandat d’arrêt international contre l’avocat français Juan Branco, conseil d’Ousmane Sonko, poursuivi pour « crimes et délits » liés aux émeutes de juin 2023. Ce dernier avait auparavant saisi la justice française et la Cour pénale internationale (CPI) pour accuser Macky Sall de « crimes contre l’humanité ». Plus récemment, l’homme d’affaires Doro Gaye a été poursuivi dans un litige foncier avec Zakiroulah Sow, qui l’accuse de lui avoir soutiré 1,2 milliard de FCfa. Après une détention préventive à Dakar et une liberté provisoire sous contrôle judiciaire, il a quitté le Sénégal pour la France. Arrêté en exécution d’un mandat d’arrêt international, il a été libéré sous caution estimée à 104 millions de FCfa. Il doit comparaître devant la justice française lors d’une audience d’extradition prévue le 10 décembre.Le cas d’extradition le plus spectaculaire reste celui d’Assane Diouf, arrêté aux États-Unis le 30 août 2017 et expulsé manu militari à bord d’un vol charter. Installé sur YouTube, il s’était fait connaître par ses insultes répétées contre Macky Sall et plusieurs personnalités politiques et religieuses du pays. Hadja Diaw GAYE

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Sep 30, 2025

À Bamako, l’ancien Premier ministre Moussa Mara risque deux ans de prison pour un message publié sur X jugé attentatoire à la légitimité du régime. Son procès, symbole du durcissement autoritaire de la junte, illustre la répression croissante des voix critiques au Mali. Le verdict est attendu le 27 octobre. L’ancien Premier ministre malien Moussa Mara est jugé à Bamako dans une affaire qui illustre la sévérité croissante du régime militaire à l’égard des voix critiques. Le parquet a requis, lundi 29 septembre, une peine de vingt-quatre mois de prison contre lui. Le verdict est attendu le 27 octobre prochain.

Un procès très médiatisé à Bamako

Moussa Mara, Premier ministre du Mali entre 2014 et 2015, comparaît devant le tribunal de lutte contre la cybercriminalité. Inculpé pour « atteinte à la crédibilité de l’État » et « opposition à l’autorité légitime », il est poursuivi pour un message publié en juillet sur le réseau social X (anciennement Twitter). Dans ce post, il affirmait rendre visite régulièrement à des prisonniers d’opinion et leur témoignait sa solidarité.

« Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître », écrivait-il. Ces mots, interprétés par les autorités comme un défi lancé à la légitimité du pouvoir en place, lui valent aujourd’hui de risquer deux ans de détention.

Une procédure qui interroge sur la liberté d’expression

Son avocat, Me Mountaga Tall, plaide l’innocence de son client, estimant qu’aucune infraction n’a été commise. Pour lui, ce procès est moins une question de droit qu’une atteinte flagrante à la liberté d’expression. « Nous nous remettons à la sagesse de la cour pour ne pas suivre le parquet », a-t-il déclaré à l’issue des débats.

Malgré cette défense appuyée, la demande de liberté provisoire introduite par Moussa Mara a été rejetée. L’ancien Premier ministre reste donc incarcéré dans l’attente du délibéré. Ce procès intervient dans un climat politique marqué par la crispation du pouvoir militaire. Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte conduite par le colonel Assimi Goïta a multiplié les mesures répressives : dissolution des partis politiques, musellement de la presse et restriction des libertés publiques.

En juillet dernier, le régime s’est octroyé un mandat présidentiel de cinq ans renouvelable, sans passer par les urnes, reportant sine die toute perspective de transition démocratique.

Une affaire symbole d’un Mali sous contrôle

Le sort judiciaire de Moussa Mara dépasse son cas personnel. Il cristallise le durcissement du régime face aux critiques et l’érosion continue des espaces de liberté au Mali. À travers ce procès, beaucoup y voient un signal adressé à tous ceux qui, dans le pays, osent exprimer une opinion divergente.

Le 27 octobre, la justice malienne devra trancher : conforter la sévérité du parquet ou envoyer un signe d’apaisement en relaxant l’ancien Premier ministre.

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