Démarre, aujourd’hui, la rencontre tripartite entre le gouvernement, les syndicats et le patronat. Un dialogue qui intervient dans contexte tendu marqué par des mouvements d’humeur de certains syndicats de travailleurs. Dans cet entretien, le ministre de la Fonction publique, Olivier Boucal, donne une idée des points qui seront discutés non sans insister sur les efforts que l’Etat a déjà faits pour satisfaire les revendications des travailleurs qu’il invite à aller vers une trêve sociale.
Monsieur le ministre, les négociations entre le Gouvernement et les acteurs sociaux démarrent aujourd’hui. Quels sont les principaux points qui seront sur la table ?
Il ne s’agit pas, à proprement parler, de négociations, mais d’une grande rencontre tripartite qui va réunir, ce jeudi 27 février 2025, à partir de 15h 30, au Grand Théâtre, les organisations syndicales, les organisations d’employeurs et le gouvernement du Sénégal. Je précise que cette rencontre verra également la participation du Haut conseil du dialogue social, de l’Assemblée nationale, de la société civile, des amicales de personnels de l’administration et des associations professionnelles des secteurs publics et privés. En gros, tous les acteurs clés de la vie active professionnelle. Ce rendez-vous illustre la volonté des plus hautes autorités de l’Etat d’ériger le dialogue social et la négociation collective comme leviers de stabilité sociale.
L’objectif global étant d’être à l’écoute des forces vives du monde du travail (secteur privé et administration publique) afin de concilier les attentes des différentes parties au vu du contexte actuel. D’ailleurs, nous comptons institutionnaliser pour parvenir à une paix sociale durable.
Pour cette première rencontre, les échanges porteront notamment sur la situation économique et financière du pays ; la situation d’exécution des accords et les demandes nouvelles ; la situation des institutions de sécurité sociale ; les systèmes de rémunération ; les attentes, engagements et contreparties pour la signature d’un pacte social ; la situation des contractuels dans la Fonction publique.
Pourquoi avoir décidé d’y aller avec ce format alors que ni les revendications ne sont du même ordre ni les acteurs du même secteur ?
En réalité, ce format nous mènera vers des moments d’échanges et de partage entre les partenaires sociaux et le Gouvernement qui devraient permettre d’amorcer un processus inclusif de mise en place d’un dispositif de pacification du climat social. Toutefois, je rappelle que les organisations syndicales sont bien dans leur rôle en présentant auprès du Gouvernement ou du Patronat, pour le secteur privé, des plateformes revendicatives relatives à la prise en charge des intérêts matériels et moraux de leurs membres. Pour sa part, l’Etat a la responsabilité d’apporter des solutions appropriées aux revendications légitimes de ses travailleurs.
A cet effet, il est retenu d’adopter une approche systémique dans l’analyse des différentes questions et la détermination des solutions qui sont jugées les plus pertinentes. Depuis votre arrivée au pouvoir, quels sont les actes concrets que vous avez posés dans le sens de l’apaisement du climat social ? J’ai été nommé ministre de la Fonction publique et de la Réforme du Service public à la faveur du Décret 2024-921 du 02 avril 2024.
Depuis lors, nous avons posé plusieurs actes allant dans le sens de la redynamisation du dialogue social et de l’apaisement du climat social. Dans cet ordre, plusieurs rencontres de prise de contact ont été tenues, sur la période du 16 au 20 mai 2024, avec l’ensemble des organisations syndicales du secteur public. Ces rencontres ont été suivies de réunions d’examen des doléances syndicales avec la participation des ministères sectoriels concernés et le Ministère des Finances et du Budget. Par la suite, nous avons tenu des réunions des comités de suivi des accords qui ont permis d’aborder certaines perspectives qui avaient été consignées dans les protocoles conclus avec les syndicats. Il est également mis en place, au sein du Ministère de la Fonction publique et de la Réforme du Service public, une Cellule du dialogue social pour assurer une meilleure gestion des relations avec nos partenaires sociaux.
Avez-vous quantifié, en termes d’impact financier, le coût de la mise en œuvre des accords que le Gouvernement a signé avec les différents syndicats du secteur public ?
L’Etat du Sénégal a consenti des efforts considérables pour l’amélioration des conditions de vie et de travail des agents du secteur public. Ces efforts sont illustrés par les coûts liés à la mise en œuvre des accords signés, évalués par les services du Ministère chargé des finances ainsi qu’il suit: secteur éducation 157 852 405 708 de Fcfa; secteur santé 19 282 796.000 de FCfa; secteur administration générale 26.579.932.024 de FCfa; secteur Forces de Défense et de Sécurité 20.375.700.000 de FCfa. A cela s’ajoutent l’impact de la hausse des cotisations sociales de l’Etat suite aux revalorisations salariales, pour un montant de 13.865.398.925 de FCfa et les effets de la renonciation d’impôts, à la suite de la défiscalisation de l’indemnité de logement des enseignants, estimés à 9.686.186.744 de FCfa. Au total, l’Etat a dépensé, sur la période de 2022-2025, une somme de deux cent quarante sept milliards six cent quarante deux millions quatre cent dix-neuf mille quatre cent de un (247.642.419.401) FCfa au titre de la prise en charge des revendications des syndicats de l’administration. Ces efforts ont permis, entre autres, de satisfaire tous les points d’accord se rapportant à des questions financières. En ce qui concerne les nouvelles demandes, un exercice d’évaluation est en cours en rapport avec les services du Ministère des Finances et du Budget et toutes les autres parties prenantes. A ce propos, vous pouvez déjà noter que les premiers résultats indiquent un montant de 16.068.000.000 de FCfa pour assurer l’élargissement de l’indemnité de logement aux agents de l’Etat qui n’en bénéficient pas, lesquels sont estimés 7% de l’effectif global.
Au regard des différents fronts sociaux, peut-on encore croire qu’il y a toujours des chances de parvenir au pacte social tant prôné par le chef de l’Etat ?
La réalisation des ambitions de son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar Faye, consignées dans le nouveau référentiel de gouvernance économique, politique et sociale, Sénégal Vision 2050, nécessite la mise en place d’un climat social apaisé. Il s’agit d’un prérequis indispensable pour bâtir une économie compétitive, un des axes majeurs déclinés par l’Agenda national de transformation, et réaliser le rêve d’un « Sénégal souverain, juste et prospère ».
L’objectif du pacte social est, justement, de contribuer à l’instauration et à la consolidation d’un climat social apaisé, pilier fondamental d’un progrès économique et social équilibré. Sous ce rapport, nous sommes invités à repenser la gestion des relations professionnelles, à renforcer qualitativement les mécanismes de négociation collective pour une amélioration dynamique de l’environnement social.
Cela passe par l’établissement d’un nouveau contrat social avec les partenaires sociaux ; un contrat basé sur des revendications réalistes et responsables, mais également sur des engagements soutenables et pérennes. Pour atteindre ces objectifs, il est essentiel de mettre en place un système de partenariat fécond et constructif reposant sur l’écoute, la confiance et le respect mutuel.
Cela suppose également un leadership empathique, capable de comprendre les dynamiques humaines, tout en prenant des décisions stratégiques éclairées. C’est là tout le sens du rebasing social auquel le Premier Ministre voudrait engager les acteurs du monde du travail pour une trêve sociale qui permettrait d’accompagner la mise en œuvre de la vision d’un Sénégal juste et prospère où les fruits de la croissance seront répartis de manière équitable. «Lu nieup bok, nieup jot ci». Au regard des enjeux ci-dessus présentés, je ne doute pas un instant du sens des responsabilités qui anime les partenaires sociaux et de leur engagement à accompagner l’Etat dans la construction d’une nation prospère qui va indubitablement renforcer de manière durable les acquis sociaux dans un environnement propice à la promotion d’un emploi décent pour tous.
Quel est l’effectif de la Fonction publique et son poids dans le budget de l’Etat ?
Les agents de l’Etat qui émargent sur le titre II du budget général de l’Etat sont au nombre de 183.693, pour une masse salariale de 1420.359.073.121 au 31-12-2024.
La rationalisation dont parle le Premier ministre pourrait-elle toucher la Fonction publique ?
Cette rationalisation concerne tous les secteurs, au premier rang desquels figure l’administration. Cela est d’autant plus important qu’elle pourrait offrir d’énormes opportunités d’économies à travers notamment sa réorganisation, la réingénierie de ces processus, l’audit imminent de ses effectifs et la mutualisation de ses ressources.
Entretien réalisé par Elhadji Ibrahima THIAM (texte) et Moussa SOW (photo)