MALI : La Junte craque mais ne croule pas (Par Babacar Justin Ndiaye)

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Le typhon de feux terro-djihadistes sur le Mali constitue un violent ébranlement dans un merdier déjà saturé de secousses.

Le panorama (clair-obscur voire gris) des combats en cours suscite des questions qui, elles-mĂȘmes, suggĂšrent des rĂ©ponses lourdes de myopie politique, de dĂ©faillances sĂ©curitaires, d’errements gĂ©opolitiques et de divagations diplomatiques.

La cĂ©citĂ© politique Ă©tant ancienne (une Transition sans fin finit dans l’abĂźme), il importe alors de glisser et de mettre le curseur sur les lacunes d’un dispositif qui ont ouvert les portes de Bamako et, surtout, rendu accessibles les murs de la rĂ©sidence du Ministre de la DĂ©fense.

Des bizarreries fatales et lĂ©tales qui alimentent une sĂ©rie de doutes, de soupçons et d’insinuations. Notamment au double regard de la personnalitĂ© et de la place du dĂ©funt GĂ©nĂ©ral Sadio Camara dans le Directoire Militaire qui a renversĂ© le PrĂ©sident IBK puis effacĂ© son successeur Bah Ndao.

En effet, le GĂ©nĂ©ral Sadio Camara avait du poids et du charisme. Avant d’ĂȘtre un visage adulĂ© et un chef influent au sein de la Garde nationale (une unitĂ© surĂ©quipĂ©e), l’ancien Ministre de la DĂ©fense fut le Directeur du PrytanĂ©e militaire.

Pour la petite histoire, sa fille a fait deux fois le concours de cette École militaire (berceau du corps des officiers maliens) sans succĂšs. Preuve que l’éthique du pĂšre Ă©tait incompatible avec toute forme de nĂ©potisme.

Il va sans dire que les circonstances de la mort de ce pilier de l’influence de la Russie au Mali (Sadio Camara parle le russe avec la mĂȘme aisance que le bambara) laissent les observateurs grandement perplexes.

D’autant que l’échappĂ©e solitaire de GoĂŻta, devenu le seul maitre Ă  bord du navire, n’a pas manquĂ© d’engendrer des marginalisations, de crĂ©er des clivages et, inĂ©vitablement, de dĂ©clencher des vents contraires lors des dĂ©bats d’orientation au sein du groupe des cinq GĂ©nĂ©raux formant le bunker de l’État.

On sait, par ailleurs, que les relations entre le Général Sadio Camara et le Général Assimi Goïta, parfaitement au beau fixe, au départ, se sont progressivement détériorées.

DĂ©tail rĂ©vĂ©lateur, la taille du dĂ©tachement de protection de l’ancien Ministre de la DĂ©fense a Ă©tĂ© brusquement et drastiquement rĂ©duite : une quinzaine de soldats pour la sĂ©curitĂ© du Ministre de la guerre dans un pays en 
guerre.

Cependant, la mĂšre des questions demeure la suivante : comment un camion bourrĂ© d’explosifs peut rouler dans la capitale et sa conurbation puis, tel un bĂ©lier, pulvĂ©riser la villa d’un Ministre situĂ©e dans une citĂ©-garnison comme Kati ?

On est indiscutablement devant une cascade de défaillances incroyables de tous les canaux de renseignent : préfectoral comme militaire. Et, aussi, des insuffisances du quadrillage opérationnel du territoire par le Commandement militaire.

VoilĂ  pourquoi une purge sanglante, Ă  la faveur de l’offensive gĂ©nĂ©ralisĂ©e des terroristes, reste une hypothĂšse privilĂ©giĂ©e par quelques analystes.

N’est-ce pas un train sur un passage Ă  niveau peut cacher un autre autorail ? Il est clair que l’ex-Ministre malien de la DĂ©fense n’était pas homme Ă  emprisonner comme les GĂ©nĂ©raux Abbas DembĂ©lĂ© et Nama Sagara.

En tout cas, la disparition du GĂ©nĂ©ral Sadio Camara fait du GĂ©nĂ©ral Assimi GoĂŻta, l’unique taureau qui rĂ©gente maintenant l’abreuvoir. Les GĂ©nĂ©raux Diaw, WaguĂ© et KonĂ© n’étant pas soudĂ©s Ă  la Troupe journellement.

Enfin, sur les chapitres groupĂ©s des errements gĂ©ostratĂ©giques et des divagations diplomatiques, on note, bien entendu, cette soudaine voltige consistant simultanĂ©ment Ă  reconnaĂźtre la marocanitĂ© du Sahara Occidental et , forcĂ©ment , Ă  faire un pied de nez Ă  l’AlgĂ©rie. Une gymnastique sur un terrain gĂ©opolitique trĂšs marĂ©cageux.

Une décision certes souveraine, mais également un pari non exempt de risques ; car le puissant voisin algérien possÚde des capacités de nuisances équivalentes à son potentiel de bienfaits.

Justement, la grande dĂ©monstration de l’efficacitĂ© ambivalente des rĂ©seaux algĂ©riens sur le terrain se dĂ©roule prĂ©sentement sous nos yeux. N’est-ce pas Alger (contactĂ©e par Moscou) qui a facilitĂ©, il y a quelques heures, l’évacuation des coopĂ©rants-mercenaires russes de la ville conquise de Kidal ? C’est un secret de Polichinelle que le Nord du Mali grouille de barbouzes algĂ©riennes.

En agissant Ă  la maniĂšre d’un trapĂ©ziste dans le domaine diplomatique ; et singuliĂšrement sur l’épineuse question du Sahara Occidental, le PrĂ©sident Assimi GoĂŻta n’a pas bien pris la mesure de la sournoiserie de la stratĂ©gie française.

En vĂ©ritĂ©, Paris et Alger se chamaillent sur les rives de la MĂ©diterranĂ©e mais s’entendent comme des larrons en foire au Sahel. À cet Ă©gard, une collusion DRS-DGSE reprĂ©sente un pĂ©ril que la SĂ©curitĂ© d’État du Mali ne pourra pas endiguer.

,Manifestement, le PrĂ©sident GoĂŻta cultive l’art de coaliser ses ennemis et d’attirer leurs foudres. La France qui ronge ses freins et rumine sa colĂšre, est activement aux aguets. Le GĂ©nĂ©ral François Lecointre, ancien CEMGA, rĂ©pĂšte sans fioritures que la France retournera au Sahel.

Quant Ă  l’AlgĂ©rie qui a dĂ©jĂ  le Maroc sur son flanc Ouest ; elle n’acceptera, en aucun cas, d’avoir le mĂȘme Royaume chĂ©rifien sur son flanc Sud. Le Sud algĂ©rien qui correspond au Nord-Mal. C’est trĂšs naturellement, pour l’armĂ©e algĂ©rienne, la crainte d’ĂȘtre stratĂ©giquement prise en sandwich ou en Ă©tau.

La conclusion se dĂ©cline de maniĂšre aussi interrogative que prospective. Le brasier du week-end allumĂ© par un conglomĂ©rat de rebelles nationaux et de terroristes cosmopolites, hĂąte-t-il la fin d’une Transition qui ne veut pas ĂȘtre transitoire ?

La rĂ©ponse se dessine dans les contours d’une force politique de relĂšve (l’aprĂšs-GoĂŻta) qui est en gestation Ă  travers un ComitĂ© de Transition Civilo-Militaire (CTCM) presque sans visages. MĂȘme si l’Imam Mahmoud Dicko en exil Ă  Alger fournit le bon ou le consensuel profil.

Doit-on vendre, trop vite et trop tĂŽt, la peau d’un ours physiquement intact et momentanĂ©ment introuvable ?

Auteur: Babacar Justin Ndiaye
Publié le: Lundi 27 Avril 2026

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